Studio Les Filtres Projets Othoniel

Les Laboratoires

De l'intimité des dessins de l'artiste au différents lieux de création des oeuvres

"Explorer les matières"

Fasciné par la réversibilité de la cire et du soufre, interrogeant la symbolique de l’obsidienne, jouant des multiples nuances transparentes du verre soufflé, faisant miroiter le réel sur la surface de ses modules d’acier poli, Jean-Michel Othoniel est un explorateur de la matière. Depuis près de quinze ans, l’artiste s’entoure des meilleurs artisans qui l’accompagnent dans sa découverte des possibilités des matériaux dont chacun devient la promesse de nouvelles rencontres.

Le soufre

Guidé par son goût du langage et de la musique des mots, Jean-Michel Othoniel commence par utiliser le soufre dans des sculptures qui jouent librement sur l’association des sonorités entre soufre/souffrir/souffrance/souffreteux/sulfureux… Il découvre ce metalloïde à la fin des années 1980, alors qu’il mène des recherches sur les matières photosensibles. Le matériau le fascine d’emblée par sa force symbolique et par sa capacité de métamorphose – une qualité qu’il retrouvera quelques années plus tard avec le verre qui le séduit par sa propriété de passer de l’état liquide à l’état solide. Il façonne des sculptures qu’il creuse de l’intérieur et qu’il présente dans les vitrines propres à en révéler l’intimité cachée par un jeu de miroirs inclinés. Autoportrait

L'Obsidienne

En 1989, lors d'un voyage dans les îles Eoliennes, alors qu’il était à la recherche du soufre natif de Stromboli, Jean-Michel Othoniel découvre l'obsidienne de Lipari, précieuse roche noire née de la vitrification de la lave volcanique. Il propose alors au CIRVA de Marseille de recréer artificiellement cette matière à la fascinante beauté, disparue depuis le treizième siècle. Plus de deux ans de recherches furent nécessaires pour reproduire en laboratoire les conditions d’éruption du volcan et faire renaître l’obsidienne. Ces deux années passées dans les ateliers des souffleurs de verre ont permis à l’artiste de se familiariser avec leur souffle, leurs gestes et lui ont donné l’envie de se glisser dans ce savoir-faire pour le diriger jusqu’à donner à la matière la forme de ses désirs et de ses obsessions. En 2014, à l’occasion d’une commande Jean-Michel Othoniel renoue avec ce verre noir et opaque pour créer Le Cœur d’Obsidienne. Extraits du sol arménien, les blocs d’obsidienne sont traités par les verriers de l’artiste et taillés en une série de cristaux précieux.

L’expérimentation des techniques les plus diverses a conduit l’artiste à des rencontres fondatrices de son œuvre. C’est le cas lorsqu’il commence à utiliser le verre soufflé en 1993 : ce matériau va progressivement l’entraîner dans les développements nouveaux de son travail, lui ouvrant la voie de la monumentalité et des variations à l’infini. Il travaille notamment avec le maître verrier Oscar Zanetti à Murano. Il poursuit également une collaboration avec le CIRVA à Marseille. C’est dans cet atelier qu’il rencontre le jeune souffleur Matteo Gonet avec qui il travaille toujours aujourd’hui, dans son atelier des environs de Bâle. Parcourant le monde à la découverte des nombreuses traditions verrières, Jean-Michel Othoniel a collaboré avec les maîtres de Venise, de Monterrey au Mexique, de Sapporo au Japon, de Firozabad en Inde… Une complicité s’est nouée depuis une vingtaine d’années avec ces maîtres du feu qui suivent Jean-Michel Othoniel dans ses expérimentations formelles et colorées les plus audacieuses. Chaque pièce écrit ainsi l’histoire d’une rencontre d’un savoir-faire, d’un artisan et d’un lieu. D’œuvre en œuvre, une géographie personnelle se dessine et s’enrichit.

Le métal

Nœuds et entrelacs, formes serpentines et colliers autoportants, la magie des œuvres de Jean-Michel Othoniel tient en partie du travail de serrurerie qui leur donne une âme. L’artiste s’entoure des meilleurs métalliers qui par leur travail de précision structurent chacune des sculptures, traduisant dans la matière les dessins réalisés à l’ordinateur par les directeurs techniques du Othoniel Studio. Support des perles de verre qui viennent s’y enfiler, le métal tient parfois le premier rôle dans des sculptures d’acier telles que Mon Lit (2003) ou encore Le Confident (2007), commande pour l’espace public à Nice, pour lesquelles une multiplicité d’anneaux d’inox se juxtaposent pour engendrer la forme.

En 1999, à l’occasion d’un séjour au Japon, Jean-Michel Othoniel utilise pour la première fois la feuille d’or, réalisant un collier monumental avec des artisans de Sapporo. C’est encore au Japon qu’il retrouve quelques années plus tard ce matériau à l’occasion d’une commande passée en 2013 par le Mori Art Museum : son Kin no Kokoro – cœur de bronze doré installé sur le miroir d’eau d’un jardin japonais – reflète la dimension spirituelle et sacrée de l’or dans la culture japonaise. Pour les fontaines-sculptures des Belles Danses à Versailles, l’artiste choisit de marier le verre soufflé à la feuille d’or, dans le respect de l’unité colorée des jardins de Le Nôtre qui avait privilégié le marbre blanc et le bronze doré. Dans le Bosquet du Théâtre d’eau, l’or, symbole de l’astre solaire et de la perfection, devient l’évocation des fastes de la Cour ainsi que de l’aura du Roi-Soleil et de sa dimension divine.

La broderie

De la légèreté de l’aquarelle à la délicatesse de la broderie, il n’y a qu’un pas que Jean-Michel Othoniel franchit à plusieurs reprises en invitant des brodeuses à traduire ses dessins de la pointe de leur aiguille. Ainsi confie-t-il aux jeunes brodeuses de Rochefort - qui perpétuent le savoir-faire traditionnel de la broderie à l’or surtout utilisée pour les décorations militaires – le soin de parsemer de « glory holes » un voile bleu azur pour son exposition Crystal Palace à la Fondation Cartier. Ne se contentant pas de faire appel aux savoir-faire de différents métiers d’art, l’artiste contribue aussi à les renouveler. Ainsi a-t-il apporté une dimension nouvelle à la broderie de Touraine qu’il propose de mettre en couleurs et d’enrichir de voile de soie. Sa curiosité pour les matériaux l’invite à expérimenter également la légèreté mousseuse du feutre, faisant appel au musée du feutre de Mouzon pour la réalisation d’un étonnant édredon cellulique paré de macarons brodés et de passementeries.

Explorations

Certaines commandes sont pour Jean-Michel Othoniel l’occasion de découvrir des savoir-faire inattendus comme celui des maîtres fontainiers et des hydrauliciens des jardins de Versailles qui, pour les sculptures du bosquet du théâtre d’eau, réalisent des ajutages selon les dessins que l’artiste a réalisés d’après ceux de Le Nôtre. Ainsi, à Versailles, Jean-Michel Othoniel a rendez-vous avec l’Histoire, mais aussi avec celle – plus modeste mais tout aussi essentielle – des techniques. En travaillant dans des lieux de patrimoine, l’artiste s’inscrit dans une longue généalogie, celle de savoir-faire ancestraux précieusement préservés et amoureusement transmis. C’est le cas également de son projet pour le trésor de la cathédrale d’Angoulême pour lequel il travaille avec des artisans qui perpétuent la technique du papier peint gaufré ou encore des carreaux de ciment décorés, poussant chaque fois plus loin les savoir-faire, imaginant de nouveaux formats ou revisitant les gestes anciens.

Histoires virtuelles

Si les œuvres de Jean-Michel Othoniel l’invitent souvent à croiser les métiers d’art, la technologie est également pour lui un terrain d’expérimentation. Après avoir, en 1999, réalisé un CD-Rom, A Shadow in your window, offrant un parcours thématique et labyrinthique de sa création, Jean-Michel Othoniel aborde, en 2011, le monde de la réalité augmentée. A l’occasion de sa rétrospective My Way, il imagine avec le concours de son directeur technique, Olivier Lounissi, un programme permettant aux enfants de découvrir six de ses sculptures en 3D : avec Le Réel merveilleux, il réunit ainsi création, technologie et rêverie... 

Découvrez aussi

Actualités

En savoir plus

Découvrez aussi

Curriculum Vitae

En savoir plus

Découvrez aussi

Expositions

En savoir plus